Lisez la Bible à vos enfants !

Je vois d’ici vos cheveux se dresser sur vos têtes et vous exclamer : « Comment ? Je lis ce blog pour cultiver mon enfant, pas pour l’endoctriner ou le convertir au christianisme ! »

On se calme ! Loin de moi l’idée de faire ici de l’évangélisation !

Soyons sérieux, connaissez-vous quelqu’un qui s’est converti  à la religion égyptienne ou grecque, en lisant les aventures mythiques d’Isis et Osiris ou des dieux de l’Olympe ? Mmmm ? J’attends !

Alors, maintenant que nous pouvons parler calmement, voyons pourquoi il me semble indispensable de lire la Bible aux enfants.

Qu’est-ce que la Bible ?

The Gutenberg Bible, PML 12, The Morgan Library & Museum.
Un des trois dernier exemplaires au monde de la Bible de Gutenberg, exposée à la Morgan Library & Museum de New York

Au commencement était une ville phénicienne très ancienne, Byblos, dont les ruines sont visibles aujourd’hui au Liban, entre Beyrouth et Tripoli. On sait que les Phéniciens inventèrent l’un des premiers alphabets, avec 22 signes, des consonnes exclusivement. Dès le XI° siècle avant J.-C., Byblos était un important lieu de production du papyrus et comptait une école réputée de scribes. Il n’est donc pas étonnant que les écrits aient pris le nom de la ville et que la langue grecque ait hérité du mot biblion qui désignait le livre.

En grec, le pluriel « les livres » se dit « ta biblia« . Ce pluriel s’utilisait aussi pour désigner toute une bibliothèque. Quelques siècles avant notre ère, les juifs de culture grecque ont pris cette expression ta biblia pour nommer la collection de leurs livres saints. Les chrétiens adopteront le même terme pour ces livres, qui pour eux forment l’Ancien Testament. Ce n’est qu’au Moyen âge que ce pluriel grec est transcrit en latin, tel quel,  biblia. Son emploi s’étendra désormais pour les chrétiens à l’ensemble des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Ce féminin singulier donnera naissance au mot français Bible. L’aspect « pluriel » a disparu dans le passage du grec au latin. Pourtant la Bible n’est pas un livre, mais bien une « bibliothèque », une collection de livres, qui comprend 73 ouvrages très différents les uns des autres regroupés en deux grands ensembles : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Et en même temps, la Bible se présente désormais comme un livre relié qui a son autonomie propre. Elle appartient comme telle à la littérature mondiale.

Pourquoi lire la Bible aux enfants ?

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« La lecture de la Bible », Jean-Baptiste Greuze, 1755. Trésor National 2018.
Louvre Lens, Galerie du Temps.

Eh bien, parce que comme je viens de le souligner ci-dessus, la Bible fait partie du patrimoine littéraire mondial de l’Humanité, et qu’à ce titre, il me semble élémentaire d’en connaitre au moins les grandes lignes !

Une autre chose qui aurait pu vous frapper dans le paragraphe précédent, c’est que notre système de datation est basé sur la naissance d’un certain Jésus-Christ et que connaitre ce « personnage » me parait être le minimum de la base de la culture générale de votre enfant, dès son entrée à l’école primaire !

Par ailleurs, notre société occidentale est fortement influencée par trois grandes religions (juive, chrétienne et musulmane), qu’on connait mal, en général, et qui se donnent toutes les trois pour texte de référence, tout ou partie de la Bible ! On parle des « religions du Livre » et tout juif, chrétien ou musulman se réclame du « Dieu d’Abraham » !

Or, combien d’enfants de 7 à 12 ans sont aujourd’hui capables de dire qui est ce personnage fondamental de l’histoire biblique… mais aussi de l’histoire des débuts de l’Humanité, au Moyen-Orient, là où ont été inventé l’écriture, les premiers villages et les première villes, puis les premières Merveilles du monde… à une époque, où nous n’étions encore que des chasseurs-cueilleurs ?

On ne compte plus non plus les expressions populaires qui font référence à la Bible ! Sauriez-vous par exemple expliquer celles-ci ? « vieux comme Mathusalem », « être changé en statue de sel », « une année de vaches maigres », « une traversée du désert », « un bouc émissaire », « fort comme Samson », « pauvre comme Job », « une jérémiade »,  « rendre à César ce qui est à César », etc.

Ensuite, si vous vivez comme moi dans un petit village ou une ville d’un pays occidental, il ne vous aura pas échapper qu’on se cogne à des références bibliques à tous les coins de rue, ou presque ! Par exemple, je viens d’entendre sonner midi à l’église de mon village !

Qu’est-ce qu’une église (voir mon article précédent sur l’architecture) ? Un grand livre de pierre et de verre qui raconte l’histoire de la Bible et des chrétiens ! Si vous entrez dans une église et que vous ne connaissez pas les grands récits bibliques, vous serez aussi désorienté que dans une bibliothèque chinoise… sauf que là, ça parle de votre culture à vous !

Savoir reconnaitre les grands personnages, en particulier celui qui est cloué sur une croix, et sa mère éplorée, ou portant un enfant dans ses bras, est à la portée d’à peu près n’importe qui, heureusement ! Mais si vous croyez que cela suffit pour avoir « lu » une église, un monastère ou une cathédrale, vous vous trompez lourdement ! C’est comme d’avoir parcouru la quatrième de couverture d’un livre et pensé qu’on a compris le contenu entier !

Enfin, il n’y a pas que les lieux sacrés chrétiens qui parlent de la Bible. L’histoire de l’Art occidental en général, de la peinture, à la sculpture, en passant par la musique et le cinéma, est nourrie de culture biblique ! Et sans un minimum de connaissances, vous pourrez passer des heures à regarder un tableau ou une sculpture, sans les comprendre, ou passer à côté de « détails » énormes dans un film de supers héros américain !

En voici un exemple à la fois passionnant et mystérieux qui vaudrait à lui-seul un « Da Vinci Code n°2 ». Pour plus d’informations sur ces deux tableaux, je vous laisse lire l’article de Wikipédia, tout en sachant qu’il existe des explications encore plus ésotériques et passionnantes ! Léonard de Vinci était un grand initié dont nous n’avons pas fini de percer tous les mystères !

 

 

Comment lire la Bible aux enfants ?

La Bible est considérée par les croyants comme la « Parole de Dieu ». Une parole qui résonne à travers des récits qui se sont transmis depuis la nuit des temps et continuent aujourd’hui encore à se transmettre oralement. Mais si vous n’êtes pas vous-même croyant, la Bible est une suite à la fois de récits historiques, comme le couronnement du roi David, de poèmes, comme le Cantique des Cantiques ou le poème des Sept Jours de la Création. Il y a aussi des prières, comme les Psaumes, ou des conseils pour vivre, comme dans les Proverbes ou certaines lettres de Paul. Il y a même des recueils de lois. Tous ces textes, bien sûr, ne sont pas à lire aux enfants !

L’idéal serait de pouvoir « raconter » la Bible aux enfants, mais pour cela, il faut une connaissance approfondie des textes et un certain talent. Pour la plupart d’entre nous, nous ne pourrons que la « lire » dans une version pour enfants qui parfois apporte le côté « conté » en faisant apparaître un narrateur (ou une narratrice). Celui-ci (ou celle-ci) explique certains passages ou implique les enfants en s’adressant à eux : « Et maintenant, écoute bien ! Et je te raconterai comment Dieu a tout créé… » ou « Sais-tu comment s’appelait ce jardin ? »…

Le récit biblique fonctionne alors sur le registre de l’émotionnel et du figuratif, à travers des images visuelles, tactiles, olfactives. Au fil des mots, l’enfant peut donner libre cours à son imagination et se laisser toucher par les personnages en se projetant secrètement dans l’histoire racontée.

Je vous recommande de lire la Bible chronologiquement ! En effet, on ne peut comprendre certains passages du Nouveau Testament, si on ne connait pas l’Ancien ! Si l’on connait l’histoire du peuple hébreu et que l’on sait que Jésus en faisait partie, on comprend mieux ce qu’il apportait de nouveau et ce qu’il avait de scandaleux pour ses contemporains. II est très important de situer pour les enfants, le grand projet de ce Dieu-là, dans lequel Abraham et les Prophètes se sont inscrits, jusqu’à Jésus-Christ et ses apôtres.

Les figures essentielles (personnages, lieux, objets) sont autant de symboles, qui se répètent. Ainsi la corbeille dans l’histoire de Moïse sauvé des eaux dans l’Ancien Testament se retrouve dans le récit de la multiplication des pains par Jésus dans le Nouveau Testament. L’enfant fera, ou non, le lien entre les deux événements : il pressentira qu’avec cette corbeille, le très fragile contient le très précieux. La Bible manie ces répétitions avec beaucoup de talent. Ainsi au fil des livres bibliques, l’histoire se répète sans jamais redire la même chose.

Il convient aussi d’interpréter avec autant de force tous les personnages du récit, sans noircir l’un ou blanchir l’autre ; moduler le ton, parce que c’est lui qui remplace l’explication, sans oublier d’observer des silences pour laisser à l’enfant le temps de déployer son imaginaire. Et surtout, éviter les pièges du moralisme. Raconter, c’est accepter de ne pas porter de jugement, il vaut mieux suggérer plutôt qu’affirmer, pour reste avant tout un éveilleur d’imaginaire !

Spontanément, l’enfant s’identifie aux personnages et perçoit les enjeux humains : le mensonge, la peur, la colère, l’amour, la vérité. Comme les contes, la Bible traite des problèmes existentiels de l’homme et peut ainsi aider l’enfant à structurer sa personnalité. Mais à la différence des contes de fées, dont les personnages sont souvent schématisés avec le bon et le méchant héros, les personnages de la Bible incarnent toute la complexité humaine.

La Bible est-elle à mettre entre toutes les oreilles ?

Malheureusement, on entend souvent dire que le Dieu de l’Ancien Testament est un Dieu vengeur, presque cruel. Ce n’est pas tout à fait vrai, il pardonne aussi beaucoup, mais certaines histoires sont dures, et parfois, les enfants réagissent fortement !

Quand j’ai lu l’histoire de Joseph vendu par ses frères à une classe de CE1, certains petits se sont serrés les uns contre les autres, effrayés qu’on puisse « vendre » une personne ! Il a fallu que j’explique le principe de l’esclavage (en édulcorant un peu la réalité) et que cela se faisait à cette époque-là,  « il y a très très très longtemps », mais que ça n’existait plus du tout de nos  jours… Petite sueur froide de mon côté aussi, je ne m’attendais pas à cette réaction, et en même temps, il faut bien un jour abordé avec eux certains thèmes difficiles et cela permet de discuter ensuite de la liberté, de son prix, etc.

Donc, oui, elle peut être racontée à tous les âges, en adaptant les mots, bien sûr. Il faut veiller néanmoins à ne pas trop gommer les aspérités du texte et à ne pas la transformer en « bible de guimauve ».

 

Quelle « Bible pour enfants » choisir ?

Il y a une logique, une continuité, dans la Bible qui est fondamentale. Même si l’enfant ne comprend pas tout, il devine que ce qui lui paraît mystérieux aujourd’hui s’éclaircira plus tard. Ce que le conteur, ou le livre, doit donc faire ressortir, ce n’est pas l’anecdote, mais le « souffle » qui traverse tous les récits de la Bible, à savoir l’affirmation d’un Dieu créateur, bienfaisant ou vengeur, qui se révèle aux hommes et fait alliance avec eux.

C’était le cas, dans cette bible que ma mère me lisait quand j’étais petite !

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« La Bible racontée aux enfants » de Anne de Vries, parues dans les années 70, avec des illustrations que je trouvais déjà affreuses à l’époque. Cette édition suisse, traduite du hollandais, est très « chrétienne » (voire « calviniste ») et un peu (beaucoup) moralisatrice, maintenant que j’en relis certains passages.

Ce livre a été tellement manipulé que ma mère a été obligée d’en refaire la couverture, que je ne peux donc pas vous montrer ci-dessus. Tout laid et défraichi qu’il soit, ce livre est un souvenir fondateur, un trésor de mon enfance !

 

Récemment, j’ai voulu acquérir une Bible un peu plus adaptée aux enfants d’aujourd’hui. Dans le magasin d’un musée, j’ai trouvé celle-ci, parue chez « Usborne », une excellente maison d’édition anglaise. Elle n’est pas du tout connotée religieusement et elle présente les récits bibliques comme des histoires, sans commentaires, ni explications, avec néanmoins, deux cartes : une des pays de l’Ancien Testament, et une des pays du Nouveau Testament, ainsi qu’un glossaire des personnages de la Bible.

Je la trouve bien, sans plus, mais joliment illustrée, avec des textes très simplifiés qui seront, disons, une première approche pour de jeunes enfants de 5-7 ans.

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Je n’en ai pas d’autres à vous présenter. Le choix est immense et il doit aussi correspondre à vos besoins en terme d’âge de vos enfants. Quitte, pourquoi pas, à en avoir deux : une pour les petits et une pour les plus grands… Mais là, il faut vraiment être motivé ! L’objectif est d’inciter l’enfant à revenir seul au livre, un jour.

Pour finir, je voudrais dire que contrairement au catéchisme qui cherche à fixer des connaissances et à éveiller à la foi, il ne me semble pas que lire le récit biblique puisse conduire l’enfant sur la voie de la foi religieuse.

Cependant, cela se concrétisera peut-être par de grandes questions existentielles posées au détour du texte. A vous d’oser vous y confronter et d’engager un dialogue honnête : que ce soit pour parler de votre foi personnelle, ou simplement transmettre « ce patrimoine de l’humanité » qu’est la Bible, et au-delà de l’aspect religieux ou spirituel, le questionnement métaphysique qui l’accompagne !

 

Je vous souhaite une bonne lecture avec vos enfants, et serai ravie de lire vos commentaires, avis et retour d’expériences !

A bientôt !

2 commentaires

  1. La lecture de la  » Bible racontée aux enfants » à de nombreux enfants m’a apporté de grands moments de joie et d’émotion. Je crois qu’instinctivement les enfants sentent que ce n’est pas un livre comme les autres, que les histoires qu’il contient ont une épaisseur, une profondeur, un poids différent. Ce livre parle de Dieu et pas des dieux: ceux-ci ont une forme humaine alors que Dieu (à condition de ne pas l’affubler d’une barbe et de l’asseoir sur un nuage) lui, reste un mystère qui va peupler et nourrir leur imagination d’enfant puis leur questionnement métaphysique un peu plus tard. Ne les privons pas de ces richesses…à partager!

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ce commentaire ! J’aime beaucoup la précision de « ne pas l’affubler d’une barbe et de l’asseoir sur un nuage » !
      Ca me rappelle une amie musulmane qui était extrêmement choquée à la sortie d’un cours d’histoire de l’art, où la prof nous avait montré des reproductions de la voute de la chapelle Sixtine, dans laquelle on voit Dieu qui pointe le doigt vers l’homme.
      Il n’a pas de barbe, mais il est sur son nuage et il a le corps assez athlétique !
      Cette amie, musulmane donc, religion dans laquelle on ne représente pas Allah, était horrifiée qu’on puisse représenter dieu sous une grotesque forme humaine et encore plus comme un vieillard ! Et qu’on puisse s’extasier sur cette oeuvre d’art lui semblait impensable !
      C’est donc un point à préciser : une bonne Bible pour enfants ne doit pas donner d’image de Dieu !
      Merci de m’avoir fait penser à ce point essentiel !
      Géraldine

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