Orthographe, grammaire, conjugaison !

Que viennent faire ces mots dans un article de ce blog, consacré à la Culture à hauteur d’enfant ?

Eh bien, je dirai que la maîtrise d’une orthographe correcte, tout comme celle de la politesse, et d’un minimum de culture générale, est un des premiers codes du « vivre ensemble » qui s’impose à l’enfant. Je dis « s’impose », car malheureusement, cet apprentissage éminemment scolaire se fait souvent dans la douleur chez nos jeunes élèves… La dictée hebdomadaire (voire quotidienne dans certaines écoles) est une épreuve redoutée et redoutable pour la plupart d’entre eux (et je ne parle même pas des enfants dyslexiques ou dysorthographiques) ! Avec à la clé, des notes parfois humiliantes et une étiquette qui colle à la peau pour de nombreuses années…

dictee_En tant qu’enseignante, je me pose beaucoup de questions sur cet exercice qui  me semble assez inutile, au moins en primaire. Je m’explique : pour les bons élèves, c’est relativement facile et cela représente un petit challenge personnel, voire une compétition ouverte avec quelques rivaux de la classe ; pour les élèves moyens, ça leur confirme souvent leur position peu valorisante dans le magma indistinct de ceux du milieu de classement ; et enfin, pour les élèves en échec dans cette matière (quand ce n’est pas dans toutes les autres), c’est un clou de plus enfoncé dans la croix qu’ils portent déjà péniblement au quotidien… Quel est donc l’intérêt, si cela ne sert finalement qu’à confirmer chacun à la place qu’il a déjà ! A-t-on déjà vu un élève nul en orthographe devenir un premier de classe à force de dictées ?

De l’importance de savoir écrire correctement dans notre société !

A l’heure du SMS, du tout-numérique et de l’intelligence artificielle, alors qu’un tiers des emplois de demain restent à définir, est-il raisonnable de passer autant d’années de larmes et de sueur sur cette matière ! Eh bien, la réponse est oui, oui et re-oui ! Et pas seulement à l’école, comme le précise cet article, tiré d’un site professionnel :

« En passant de la correspondance par lettres aux textos, mails, forums de discussions et réseaux sociaux, l’expression écrite a perdu son caractère littéraire pour revêtir une fonction plus utilitaire : style et orthographe semblent donc parfaitement secondaires tant que le message est compris. Ainsi, le Français à l’orthographe irréprochable tend donc à devenir une perle rare, et donc éminemment précieux. Les recruteurs ne s’y trompent pas, qui précisent de plus en plus « orthographe irréprochable exigée » dans leurs annonces. « C’est parfois le facteur n°1 à la lecture d’un CV », explique Pascal Hostachy (fondateur du Projet Voltaire). Auparavant, la faute était éliminatoire ; de nos jours, une bonne orthographe ne coule plus de source, mais est au contraire considérée comme un avantage comparatif des candidats.  « Les recruteurs infèrent beaucoup de choses d’une faute », en termes de respect de l’interlocuteur, de sérieux et de rigueur, de crédibilité professionnelle. »

(http://www.en-alternance.com/article/L_orthographe_est_elle_ringarde_2058)

La sévérité des entreprises n’est pas tant liée à une dégradation du niveau des salariés qu’au fait qu’aujourd’hui, tout le monde doit écrire, de l’employé au PDG, alors qu’avant, la tâche était souvent confiée à la secrétaire. Or, l’orthographe reste un sujet extrêmement tabou, voire honteux.  C’est l’instrument d’une dignité : celle du savoir bien écrire. « Bien » signifiant ici « normalement ». Une bonne orthographe n’est pas garante d’intelligence ou de don pour l’écriture, mais elle est, dans le monde du travail, synonyme de soucis en moins et garante d’une économie d’énergie, de temps et d’argent.

Et, il est vain de s’en remettre aveuglément aux correcteurs d’orthographe, car ils ne voient pas tout, et même parfois, nous font faire des erreurs ! Il est donc vraiment nécessaire que les enfants d’aujourd’hui retrouvent le goût de la lecture et de l’écriture… et prennent la peine de sortir un dictionnaire en cas de doute. (Un quoi ?…)

Le plaisir d’écrire avec Célestin Freinet

Mais revenons à nos enfants ! Heureusement, la maîtrise de l’orthographe ne dépend pas que de la dictée, loin s’en faut, et il existe de nombreuses méthodes pour rendre cette activité intéressante et même ludique ! En particulier, je trouve le  » texte libre  » et la  » correspondance scolaire  » de la pédagogie Freinet hautement plus intéressants pour l’enfant ! En effet, écrire pour soi (texte libre) ou pour échanger avec un autre (correspondance scolaire) donne du sens à l’écrit ! Ce ne sont pas des mots imposés arbitrairement par la maîtresse, de l’extérieur, mais bien ceux qui viennent de l’intérieur, du vécu de l’enfant et de ses émotions.

Quand ils écrivent pour un exercice imposé, les enfants utilisent la plupart du temps des tournures simples, pour ne pas dire faméliques… La question qui arrive en premier dans ces cas-là, est souvent : « Il faut écrire combien de phrases? », traduisez : « On doit recevoir combien de coups de bâtons? »… assez désespérant pour l’enseignant!…

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Perles du bac (Quand je lis ça, je me dis que j’ai du pain sur la planche!)

Quand ils écrivent pour eux-mêmes, c’est tout à fait autre chose! Une de mes élèves, généralement plutôt économe de son activité en classe et pas « championne » en orthographe, m’a récemment écrit un texte libre de trois pages ! Emportée par son récit, plein de vie et de rebondissements, elle ne se posait visiblement pas de questions d’orthographe et de grammaire, écrivant au fil de son imagination galopante !… Et pourtant il n’y avait pas beaucoup de « fautes » : les accords étaient respectés dans l’ensemble, les verbes conjugués correctement… Un vrai petit moment de bonheur de maîtresse ! Enfin, une petite qui prend plaisir à écrire pour raconter une histoire de copains et de copines !

L’écrit-plaisir, en libérant l’enfant de la peur de la faute (du piège !) et de la contrainte, pourrait-il améliorer et adoucir sa relation aux règles strictes du français ? Ce serait peut-être une conclusion hâtive, et qui resterait à démontrer ! Mais je suis convaincue que le plaisir ne peut qu’augmenter l’envie de bien écrire !

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Je vous encourage donc à offrir à votre enfant la possibilité d’enfin prendre plaisir à écrire ! En matière de correspondance, la lettre au Père Noël est un début, les cartes postales des vacances aux grands-parents sont une piste à ne pas négliger ! Parfois, il faut un peu insister, mais si on transforme cela en jeu, avec codes à déchiffrer, encre sympathique d’agent secret, enveloppes décorées par les petits artistes, ça peut prendre une toute autre dimension… L’art postal est merveilleux  pour cela !

De la correspondance familiale au journal intime, il n’y a que les quelques années qui séparent l’enfance de l’adolescence ! Et certains enfants, adolescents, aiment écrire de la poésie, des textes de chansons, des nouvelles, des romans fantastiques ou de science-fiction ! Quand le pli est pris, la vie de l’écrit s’envole comme un avion de papier ! 🙂

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Freepik.com

D’autres idées d’activités d’écriture-plaisir pour les enfants : ici ! et sur la correction des erreurs : !

Erik est arrivéééé!

Pour finir, et après mon accès de lyrisme habituel, je reviens en quelques mots sur le sujet de cet article !

Non, je ne vais pas vous donner la méthode miraculeuse, héroïque, qui sauvera votre enfant des affres de la langue française!

Mais pour vous  aider à voir l’orthographe et la grammaire d’une manière vivante et amusante, je vous recommande de lire à votre enfant, je dis bien de lui lire à haute voix, le soir au coucher (ou quand vous voulez d’ailleurs), de partager ensemble ce livre-plaisir d’Erik Orsenna : « La grammaire est une chanson douce ».

« Avec son frère aîné, Thomas, Jeanne, la narratrice, voyage beaucoup. Un jour leur bateau fait naufrage et, seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. Mais la tempête les avait tant secoués qu’elle les avait vidés de leurs mots, privés de parole. Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils découvriront un territoire magique où les mots mènent leur vie : ils se déguisent, se maquillent, se marient. »

Le livre présente une magnifique analyse de la grammaire : poétique et drôle. Une présentation que vous ne trouverez pas à l’école, souvent trop rigoriste ou trop éloignée de l’univers des enfants. C’est ici une grammaire qui fait aimer les mots, qui donne envie de jouer avec eux, sans aucune limite, sans aucun code. Plus de Bescherelle, plus de règles se succédant les unes aux autres, plus de bourrage de crâne… La grammaire est finalement dédramatisée à travers de belles images, à travers des histoires de voyages, fantaisistes, drôles, magiques.

NB : Si vous avez aimé ce petit roman, Erik Orsenna en a fait plusieurs suites : « La Fabrique des mots », « La révolte des accents », « Les chevaliers du subjonctif »… qui continuent à faire aimer la grammaire !

 

Je reviendrai probablement sur ce sujet dans un prochain article ! En attendant, laissez-moi vos commentaires, vos idées, vos questions !

A bientôt!

 

 

 

 

2 commentaires

  1. Handicapé de l’orthographe, traumatisé de la grammaire, je vie comme beaucoup d’adultes de ma génération les symptômes socialement handicapants du syndrome post-traumatique de la dictée. Devoir changer ses tournures de phrase à cause d’une conjugaison mal maitrisée ou d’un mots dont j’ignore l’orthographe est un boulet que je traine au quotidien depuis ma scolarité. On finit, au fil du temps, par trouver les stratagèmes nécessaires à la survie dans le monde hostile de l’expression écrite. Toutefois, conscient que le texte que je vais devoir produire sera sans doute truffé de fautes, j’essaie « d’aveugler » mon futur lecteur par une diverssion qui consiste à soigner tout particulièrement le style de mon propos. Je caresse ainsi le secret espoir que mon lecteur, subjugué par tant de style, en oubliera la forme pour se laisser aller au plaisir de la lecture. Bref, je galère ! La pédagogie Freinet offre des outils très pertinents dans beaucoup de domaines, j’ai eu la chance, élève, de pouvoir en bénéficier. Au delà de la peur d’écrire, qui est sans doute la pathologie la plus répandu et non reconnue par la sécurité sociale, la peur de parler en public est un problème qui mériterai un article tout aussi pertinent…Bravo pour votre travail.

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  2. Merci pour votre brillant commentaire ! Quel plaisir de vous lire !
    En effet, votre style compense tout à fait les quelques petites erreurs qui se sont glissées dans le texte !
    Et c’était très courageux de votre part de prendre ainsi la plume pour témoigner de cette difficulté quotidienne face à l’écrit ! Je relève et garde sous le coude votre suggestion d’article sur la peur de parler en public !
    Encore merci et à bientôt le plaisir de lire votre avis sur d’autres pages de ce blog !

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