Esprit de Noël, es-tu là?…

En cette période de l’Avent, il me semble important de faire un article sur les symboles et traditions de Noël. C’est un point culminant de l’année et de la culture judéo-chrétienne qui baigne notre société ! Alors penchons-nous quelques minutes sur cette période particulière et son côté un peu magique !

En premier lieu, qu’est-ce que l’Avent ? Qui sont tous ces personnages mythiques que l’on croise, selon les régions et les dates, pendant le mois de décembre ? Qu’est-ce que « l’esprit de Noël » ? Existe-t-il vraiment ?

Tout d’abord, pourquoi écrivons-nous « Avent » et non « Avant », alors qu’il s’agit bien des quatre semaines précédant Noël ? Eh bien, parce que Avent, vient du latin adventus, dérivé du latin classique advenire (arriver), qui signifie l’arrivée, l’avènement, c’est à dire dans la tradition chrétienne, la venue du Messie, en la personne de Jésus-Christ, et donc sa naissance ! CQFD !

Nous en concluerons donc hâtivement que le mot Noël, issu du latin natalis, relatif à la naissance, et après de nombreuses altérations et évolutions phonétiques (dont je vous passe le détail), est le mot qui désigne depuis l’origine, la naissance du Christ. Eh bien, détrompez-vous ! Il vient tout d’abord de natalis dies solis invicti… (Et alors ? Elle est énervante à sortir son latin comme ça !!!…) Bon, c’est juste pour montrer, qu’encore une fois, l’église chrétienne a « récupéré » une fête païenne, le jour de la naissance du soleil invaincu, lié au culte romain de la renaissance du soleil, lors du solstice d’hiver… or le Christ est souvent associé au soleil, à la lumière du monde, etc. Vous me suivez ?

Donc, bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances relatives à la lumière, mais aussi à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations et ces traditions antiques ont de nombreux points communs avec la fête chrétienne.

Notons, avec gourmandise, par exemple, que dans le culte de la déesse Mithra, en Perse antique, la fête la plus importante – le Mithragan – se serait déroulée chaque année le jour du solstice d’hiver, jour célébrant la naissance de la divinité et la victoire de la lumière sur les ténèbres. Selon cette tradition, Mithra serait née « jaillissant du rocher » ou d’une grotte (NB : à Bethléem, quand vous visitez le lieu de la naissance de Jésus, vous visitez une grotte, pas une étable !!!) tandis que des bergers assistent à cette naissance miraculeuse. (Cela ne vous rappelle rien ?)

Isis allaitant Horus
Musée du Louvre – Antiquités égyptiennes – 664 – 332 avant J.-C.

Il est possible aussi qu’une tradition plus ancienne présentant la mère de Mithra – Anahita – comme vierge, ait également quelque peu influencé les premiers auteurs chrétiens…. (Noooon???)

Et enfin, le meilleur pour la fin, les traditionnelles représentations de la Vierge à l’Enfant puiseraient quant à elles leurs origines dans les représentations de la déesse égyptienne Isis allaitant son fils Horus, comme celle-ci, visible au Musée du Louvre.

Bon, je m’éloigne un peu de mon sujet, mais avouez que l’église chrétienne n’est pas très imaginative, et qu’elle emprunte aux cultes et traditions antérieurs bien des éléments… pour mieux les écraser ensuite !

(NB : Je ne résiste pas au plaisir de souligner le geste si naturel de la mère allaitante portant la main à son sein, tout en attirant son enfant vers elle. Et maintenant, dites-moi si vous déjà vu une représentation de la Vierge faisant ce geste ?… Un peu de « pudeur » chrétienne ne serait-elle pas encore une fois venue « cacher ce sein »… )

Mais revenons à nos moutons, boeuf, âne et autres créatures de la tradition, plus ou moins chrétienne, de Noël !

Commençons par Saint Nicolas, fêté le 6 décembre, dans les pays plutôt germaniques, ainsi qu’en Alsace, dans les Flandres, en Champagne et en Franche-Comté, et en Belgique. Cet évêque, ayant vécu à la fin du IIIe siècle au sud de l’actuelle Turquie, est paré de nombreuses vertus. On raconte que par sa générosité, il a réalisé des miracles.

Nicolas-Enfants
Verrière de la cathédrale de Bourges – XIIIe siècle.

« La complainte des enfants au saloir » relate qu’il aurait ressuscité trois enfants tués par un boucher. Le saint devient alors le protecteur des petits.

La tradition germanique célèbre sa mort, le 6 décembre, en distribuant des cadeaux aux enfants sages. La figure de Saint-Nicolas est née. Le Saint descend du ciel dans la nuit du 5 au 6 décembre, accompagné d’un âne ou d’un cheval blanc, selon les pays. Il se glisse dans les cheminées, et distribue cadeaux et friandises : sa monture, elle, se nourrit des pommes ou des carottes laissées par les enfants. Mais gare à ceux qui n’ont pas été sages. Le compère de Saint-Nicolas, Hans Trapp, ou le Père Fouettard, est chargé de punir les vilains enfants.

Je reviendrai dans un prochain article sur les ressemblances et les différences entre Saint-Nicolas et le Père Noël… Mais sachez que le « Père Noël » n’a pas toujours existé… Son histoire est assez intéressante et montre que la tradition de Noël est en perpétuelle évolution…

Pour illustrer la tradition ancienne de la Saint-Nicolas, voici le témoignage d’une grand-mère d’aujourd’hui, Yvette Brismée-Antoine, née en 1934 dans la banlieue liégeoise. Ses souvenirs remontent aux années 1938-1939.

« Dès novembre, les soirées plus longues ont installé dans la maison une atmosphère douillette et conviviale. Sous la lampe, ma famille ressemble à celles qui illustrent les livres de lecture de cette époque : le père lit son journal, la mère tricote, les enfants finissent leurs devoirs ou jouent sur un coin de table. Mais souvent un jeu nous réunit : le dada, le nain jaune, les dominos créent une joyeuse animation. On bavarde aussi et, petit à petit, les conversations prennent une tournure plus mystérieuse : les allusions à la fête du Grand Saint se multiplient, une sorte de magie imprègne la veillée. Je récite un poème appris à l’école. Ensemble, nous entonnons  l’une ou l’autre chanson.

Je me souviens d’une très belle mélodie wallonne, Sint-Nicolèye dont on ne chante que le premier couplet – le deuxième,  entendu une fois, m’avait fait verser des torrents de larmes ! Parfois, notre concert est interrompu par une pluie de noisettes, de « nic-nac », de caramels qui s’abat sur nos têtes. Pourtant, aucune porte, aucune fenêtre ne s’est ouverte… Aucune main gantée de blanc n’est apparue. Bien plus tard, en revivant ces moments, j’ai revu ma maman : ces soirs-là, elle avait gardé son tablier de ménagère muni de deux énormes poches… Presque chaque matin, nos chaussures recèlent quelques trésors : une mandarine, des noisettes, un «  sujet » en chocolat…

Une formalité reste à accomplir avant l’épilogue de cette histoire : la visite à Saint Nicolas ! Pour atteindre Liège, où il réside, nous empruntons le « trolleybus » qui nous débarque au centre de la ville, à deux pas du Grand Bazar, qui abrite le Palais du grand saint. (…)

Seul le couloir plus sombre et plus étroit qui mène à la salle du trône me semble immuable : couloir de l’angoisse où l’on étouffe quelques sanglots, où des menottes s’agrippent aux grandes mains… Est-on jamais certain d’avoir été irréprochable ? Puis, soudain, en pleine lumière, on se trouve devant LUI ! Promesses, balbutiements, une main gantée de blanc qui caresse les cheveux et un cadeau : une grenouille en métal dont le clac-clac va bientôt retentir dans tout le magasin.
 À la sortie du Palais, l’émerveillement succède à l’angoisse. Tout un étage est consacré aux jouets. On y trouve des jeux connus, plus pimpants que les nôtres, bien sûr, et on s’attarde surtout devant les nouveautés, que nous n’avons évidemment pas découvertes à la TV ni dans des feuillets publicitaires ;  ici on peut les voir en action, les toucher et même les essayer. J’aimerais tout recevoir, mais, de retour à la maison, mes désirs sont peu précis. J’attends le grand jour avec confiance sans exigence particulière !
Plus que trois fois dormir avant le 6 décembre… À cette époque, Saint Nicolas ne passe qu’à cette date et, ce jour- là, tous les écoliers sont en congé ! La veille, on dépose nos assiettes sur la table à côté d’une bouteille de pèkèt, d’un verre et d’une carotte pour l’âne. A mon réveil, je guette les bruits de la maison et dès que j’entends mes parents dans la cuisine, je me précipite dans la chambre de mon frère, qui, bien plus âgé que moi, ne croit plus au miracle et me suit sans enthousiasme.

Chaque année, c’est le même scénario : sitôt la porte ouverte, je m’immobilise, bouche bée, ne sachant où regarder. Nos assiettes débordent de spéculoos, massepain, chocolat sous toutes ses formes : personnages, pièces d’or, cigarettes, souris et sucettes en gomme, lacets en réglisse, nic-nac, …Un grand plat regorge de mandarines, de pommes rouges bien luisantes, de noix, de noisettes. Une moitié de la table a reçu les cadeaux de mon frère : des livres, du matériel pour la pêche, des accessoires pour vélo. Une grande partie de la pièce est colonisée par mes jouets : j’y retrouve ceux qui avaient disparu les jours précédents : petits meubles fraîchement repeints, lits de poupées garnis de draps soigneusement repassés,  gros nœud de ruban retenant le voile du berceau et tous mes enfants vêtus de neuf. L’une ou l’autre nouveauté aussi : une valisette garnie de matériel de puériculture, une dînette, une balance, des casseroles. Souvent aussi, saint Nicolas ajoute un jeu de table et il n’oublie jamais le gros cahier cartonné orné de son effigie, ni la boîte de crayons de couleur. Il me faut longtemps pour apprivoiser toutes ses richesses, je ne touche à rien, je regarde, heureuse, tout simplement.

Mes petits enfants eux aussi sont heureux à la Saint Nicolas, mais si je compare leur bonheur au mien, je suis à peine triste d’être née il y a déjà si longtemps. »

yvette
Yvette Brismée-Antoine en 1938-39 – Site de l’Université de Liège.

Je ne sais pas vous, mais moi, je suis un peu émue par ce récit des petites traditions familiales, des mystères savamment orchestrés par les parents, de la « formalité » du passage devant Saint Nicolas, source d’angoisse, puis d’émerveillement, et surtout par la description des cadeaux « recyclés » qui stupéfient tant la petite fille! Imaginez la tête de vos bambins devant un spectacle similaire au prochain Noël !!!…

Est-il besoin de suggérer de comparer cet « esprit de Noël » avec ce que nous vivons chaque mois de décembre ?

Pour conclure, aujourd’hui, je voudrais donc rappeler que ces fêtes de fin d’année, sont depuis les temps les plus anciens, des fêtes du rythme des saisons de la Terre et du Soleil. Que nous soyons chrétiens ou non, pourquoi ne pas le garder à l’esprit pour nous inscrire dans une tradition profonde issue de la Nature et des Hommes : celle de la victoire de la lumière sur l’obscurité, du renouveau sur l’ancien ! Et de (re)faire de Noël une fête de la lumière, de l’émerveillement, de la joie, de l’espoir et de la générosité !

 

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